Crédits photos J-P Morel-Armstrong

C’est non loin du Conservatoire national des arts et métiers que Nicolas Marang me donne rendez-vous dans son élégant appartement-atelier.
C’est amusant, Arts et Métiers, c’est tout Nicolas résumé en deux mots…
-« Passez plutôt lundi vers 19 h car ensuite je pars en Inde pour 15 jours ! »
Un « métier », Nicolas en a un, il travaille pour une grande société française qui le vaut bien…
Une profession qu’il exerce avec talent et passion et qui lui permet de parcourir le monde à la découverte des autres cultures, à la découverte de l’autre…  Inlassable curieux de ses contemporains.
Un métier qui nourrit également son autre passion : la sculpture.
Le soir, Nicolas se métamorphose en artiste plasticien, façonnant de longues heures dans l’atelier du sous-sol de son appartement, des œuvres tantôt fascinantes tantôt inquiétantes, d’une beauté à couper le souffle.
Des créations suspendues, légères, aériennes, qui flottent ce soir au-dessus de nos têtes dans le salon…
Je me demande, sans parvenir à trouver une réponse, de quoi peuvent se composer ces créations tant elles semblent légères…
-« Je viens de recevoir les moteurs qui permettront d’animer les sculptures pour l’exposition ! »
Pour le moment, dans le salon, même immobiles, les œuvres de Nicolas semblent déjà animées.
J’ai le sentiment étrangement agréable que nous ne sommes pas seuls dans cette pièce…
Nicolas a grandi dans l’est de la France, à Colmar plus précisément, même si l’on pourrait facilement lui attribuer le qualificatif de « citoyen du monde ».
-« Je me définis comme alsacien,  je me reconnais assez bien dans la culture germanique et en même temps, j’ai l’impression d’être né partout ! »
C’est amusant, moi, pour qui la culture alsacienne se résume à mon service militaire passé à Bitche  « petite Sibérie locale »… Je l’écoute me parler d’architecture, d’art et je vois bien que je suis passé à côté de quelque chose !
« Il y a en Alsace une forme de discrétion, d’élégance. Quand tu grandis en Alsace, tu grandis avec l’imaginaire, les contes, l’héritage des croyances ancestrales…
Ah ! Colmar la féérique ! capitale du Pays des étoiles… »
Le voilà qui s’enflamme ! C’est tout Nicolas. Il a l’art de vous hypnotiser, de vous séduire en quelques phrases à l’image de ses créations chimériques…
Quel bel ambassadeur ! Probablement doit-il sa force de conviction à son héritage familial :
-« Je suis issu d’une vieille famille de marchands qui allaient partout avec leurs comptoirs … »
Bon ! C’est promis Nicolas, je n’assimilerai plus la région uniquement à une terre de militaires !
Issu d’un milieu plutôt bourgeois, sa maman, passionnée de Bach, et son papa qui adore passer des heures à lire, l’emmènent très souvent dans les musées où il s’initie à l’art.
Le petit Nicolas, qui dévore les encyclopédies Universalis de la maison, voue également un véritable culte à ses professeurs qui lui ont permis de trouver sa voix :
-« Je dois beaucoup à l’école de la République et à ses enseignants extraordinaires qui m’encourageaient en me disant : Ecoute ton instinct !… A mon professeur de dessin, madame Buclin, qui nourrissait ma curiosité, à mon professeur de français qui m’ouvrait les portes du possible… et tous les autres. »
Il passe des heures à observer des toiles, à scruter les détails, à se forger un œil qui nourrira plus tard son travail d’artiste.
-« Je me retrouve assez bien dans les poils et les squelettes ! Souvent,je pense à la surface de l’eau,  juste à sa surface, je ne me pose pas la question de l’océan… »
Je lève les yeux ! Les sculptures de L’artiste sont toujours suspendues, immobiles et pourtant une me semble avoir changé d’axe…
Nicolas est un poète, c’est d’ailleurs tout jeune, vers 11-12 ans qu’il commence à écrire :
-« J’ai toujours fabriqué, j’ai écrit mes premiers poèmes à 14 ans, je me suis aperçu très tôt que dans le réel il manquait quelque chose… »
Nicolas poursuit ensuite des études de droit et de théologie, où il découvre Nietzsche Spinoza, Martin Heidegger et c’est à ce moment-là qu’il s’essaye à la sculpture.
-« J’ai acheté 20 kilos de terre et j’ai réalisé de petites sculptures en terre crue dans lesquelles j’ai incrusté différentes choses… »
Elles sont encore là, chez lui, au fond d’une armoire témoignant de son premier contact avec la matière.
« C’était très naïf… A 20 ans, j’avais peur de ce que je remuais ! Puis, j’ai commencé à exposer par l’intermédiaire de copains. Je me souviens que ma première expo s’est tenue à Verdun. Je faisais des choses très énigmatiques… »
Première bataille réussie pour Nicolas qui, depuis, ne cessa jamais de produire.
Petit coup d’œil au plafond ! Cette fois c’est sûr ! une des sculptures a réellement changé d’axe… voire de forme !
-« J’ai conscience que ce que je fais peut être inquiétant ! »
Il fait tout à coup froid dans ce grand salon, la nuit est tombée, je grignote un bretzel pour me persuader que j’ai dû rêver.
Rapide coup d’œil au plafond ! Les créatures de Nicolas projettent maintenant des ombres sur les murs… On a l’impression que la lumière les fait danser…
Mais sont-ce réellement leurs ombres ?
Je regarde mon verre ! Je ne rêve pas… Je suis à l’eau plate.
-« Après mon service militaire, vers 25 ans, j’ai commencé à travailler avec des cintres, un peu comme un alcoolique qui boirait du parfum, j’avais soif de matière… »
Je pense que vous n’avez pas fait votre service national à Bitche Nicolas, car là, vous seriez probablement devenu juste alcoolique !
Ce qui est magique chez notre artiste protéiforme, c’est qu’il redonne vie à de vieux cintres de pressing qu’il mélange à de la ficelle, à des bouts de cuir, à des bogues de châtaignes, à des cornes de gazelle, à des pierres qu’il récupère au gré de ses voyages, pour créer de véritables créatures en trois dimensions, d’une finesse et d’une délicatesse qui donne à son travail un cachet absolument unique.
-«J’aime l’idée du fil de fer… De ce dessin dans l’espace. »
Petit coup d’œil rapide au plafond, les œuvres de l’artiste me semblent maintenant presque amicales… m’auraient-elles apprivoisé ?
Je les regarde longuement, observant le travail minutieux de l’artiste à la limite de la haute joaillerie.
Nicolas Marang, notre bricolo arty qui se fournit également sur E-bay et chez Leroy-Merlin, s’exprime avec des matériaux simples, souvent promis à la benne à ordures, qu’il recycle de façon spontanée et spectaculaire.
-« J’aime bien l’idée de travailler les déchets, fabriquer du dérisoire… »
« Eco gentil » Nicolas Marang ?
-« Ah… Je déteste ce mot ! Et puis, je n’ai aucun message ! Cela me rappelle ce film américain ou un voisin assassine sa voisine et qui déclare à la police, qui lui demande pourquoi il l’a tué :
-« Elle ne recyclait pas ses ordures ! «
Et où le policier lui donne raison en s’exclamant :
-« Oh my God ! »
L’artiste ressemble à ses créatures chimériques : insaisissable, drôle, tantôt inquiétant, tantôt solaire, charmant et énigmatique…
Peu avant sa mort, en 1964, Marcel Duchamp disait : « Je ne crois pas à l’art, je crois à l’artiste ! »
Nicolas n’était pas né mais quelque chose me dit qu’ils ont dû se croiser… quelque part…
Les « créatures » de Nicolas Marang quitteront bientôt le plafond de son appartement pour celui de la PIJAMA GALERIE où elles « danseront » leur danse si particulièredu 25 février au 10 avril  2016.
Je vous conseille vivement d’y aller si vous ne voulez pas vous exposer à la vengeance des chimères !

ΠJAMA Galerie (Pijama Galerie)
10, rue du Pont aux choux
75003 Paris
M° Saint-Sébastien-Froissart

PAUL MOUGINOT

GALERIE OUTCASTS INCORPORATED Paris

PAUL MOUGINOT

Paul Mouginot offre une fraîcheur et un regard neuf sur les choses qui l’entourent, dans un accrochage de photos bordées par deux sages, statues gardiennes de cette exposition. Paul apparait ici comme un poète plasticien, qui donne à voir dans son travail les dimensions poétiques et sensorielles de la mémoire, où il met en exergue, un souvenir, son investigation des choses, des lieux.

Pour MEMORIES / NEXT LEVEL, Paul Mouginot expose ses pièces avec parcimonie et précision : 6 photos, 2 sculptures, une installation. Paul a un processus singulier : il observe son sujet, s’avance dans la contemplation du souvenir, le décortique, l’extrait, et le restitue couche par couche. Grands ensembles ou détails, acérés ou flous, ces éléments aux codes couleurs et textuels distincts sont la quintessence, le sensible. Il ne cesse de se rapprocher au plus près de son sujet : il le cadre, il le choisit, il le construit, il le met en scène, il superpose couleurs et matières. Le choix du papier, l’encadrement, achèvent d’enchâsser ces reliques.

Photographies

BLEU

La mer, le bleu du ciel, le contre ciel, le flou, le vent. On contemple le calme plat, le vertige, le vide, l’au-delà de la ligne de l’horizon. Cette image fait référence à 3 photos de sa série précédente RENÉ (2013) : premier souvenir de la mer, souvenir de montagne et dégradés de bleu- et cauchemar récurrent de l’enfance. Tout est net dans cette photo, excepté la transition floue entre les teintes ; Paul se réfère au travail pictural de Rothko.

JAUNE

En photographiant la surface dorée à l’or fin de sa lampe JERICHOR, exposée à la FIAC en 2015, Paul tente d’assurer une forme de pérennité de son œuvre. La photographie devient alors une « capsule temporelle », une assurance supplémentaire contre l’oubli inéluctable.

VERT

Paul raconte qu’enfant, il se coupait souvent avec des brins d’herbe ; ici il explore la surimpression de quatre photographies prises dans les champs de Giverny, lui permettant de retrouver et reconstituer ce souvenir attendrissant. Les brins d’herbe superposés dessinent des obliques qui semblent brouiller la vision. Les formes géométriques très marquées qui quadrillent la première couche photographique sont alors perturbées et la lecture du paysage en devient altérée, laissant place à une plus libre interprétation.

ROUGE

De loin, le cliché esquisse deux formes parfaitement imbriquées et clairement démarquées par une teinte de rouge plus ou moins intense. Il faut se rapprocher pour apercevoir les imperfections, tâches ou fissures, qui viennent animer cette apparente limpidité. Le rose, les roses, la guimauve, le papier crépon des boites acidulées…

NOIRE

Photographie floue d’une photographie d’un petit lion en bronze, qui appartenait à son grand père : le souvenir s’éloigne, les formes s’estompent, mais l’idée générale demeure.

BLANC

Le cerveau, siège de la mémoire, peut être localisation de la solution ou des promesses du futur.

Sculptures et installations

Pour Paul, puiser dans les souvenirs ne saurait être une fin en soi. Pour lui, la photographie est un prétexte, un moyen d’être un caméléon, de rentrer partout, de voir et d’absorber ce qui l’entoure, pour nourrir sa propre quête existentielle et se hisser à un état supérieur de conscience.

LIFE LUGGAGE

Deux statues en béton armé, sur deux socles en plexiglas, reliées par une chainette dorée évoquent le dépassement de soi, le passage du personnel au général, la projection de la vie privée à la vie publique, la sortie du corps.

TIME RIBBON

Un ruban en papier sur lequel il écrit « chaque jour, chaque nuit, chaque jour… », comme une litanie lancinante, qui matérialise le temps douloureux, mais aussi les secondes qui soignent, la lutte obstinée contre l’effacement. Ce ruban relie les deux photos NOIR et BLANC disposées face à face. Reliées par le temps, elles semblent ne cesser de s’éloigner l’une de l’autre, jusqu’à l’éclatement, dans un espace blanc qui évoque un saint des saints.

Géraldine Postel,
Paris Fevrier 2016

RENCONTRE AVEC MIREILLE DARC

by OLIVIER DESCOINS
Exposition Artcurial Paris du mercredi 20 janvier au 30 janvier 2016

 RENCONTRE AVEC MIREILLE DARC

Voilà plusieurs mois que Olivier de Larue Dargère attise ma curiosité en me parlant d’une exposition de photos dont il a signé la direction artistique, nommée  « Un après-midi à Saint-Germain-des-Prés », qu’il prépare dans le plus grand secret avec une « jeune photographe », son amie Mireille Darc.
-« Il faut absolument que tu fasses un portrait de Mireille ! Tu vas voir, les photos sont magnifiques et elle est géniale !  »
Je lui demande si il est possible de voir quelques clichés.
-« Il va falloir que tu attendes encore un petit peu ! », me répond-il gentiment.
Pour me faire patienter, il aiguisa encore plus ma curiosité en me montrant une série « mode » qu’elle avait faite pour un des magazines qu’il avait créé et j’avais trouvé cela effectivement « génial ».
Et puis, le grand jour arrive ! Je reçois un sms :
-« Tu as rendez-vous à 11 h 45 chez Mireille, tu vas enfin pouvoir voir les photos ! »
Je me dis que j’ai de la chance, que la vie est magnifique et que la curiosité n’est finalement pas un vilain défaut…
Je sonne à la porte ! On ouvre… elle est là, souriante, élégante dans son pantalon noir et son petit pull en cashmere crème.
C’est amusant de s’appeler Darc et d’être aussi lumineuse…
Mireille, c’est un peu comme Karl Lagerfeld, on la reconnaîtrait même de dos : son carré blond, sa silhouette élancée, une façon de se tenir et surtout cette voix !
-« Vous voulez un café, un thé ! »
Pour un peu, je me retournerai mais non, c’est bien à moi qu’elle parle de sa voix douce et inimitable.
J’opte pour le café et une capsule plus loin, alors que je lui demande si le fait d’avoir été tant photographiée par de grands artistes, l’a inspiré pour son travail. Elle me parle alors de Jeanlou Sieff :
-« Inspirée… je ne sais pas… mais Jeanlou a été le premier à me mettre un appareil entre les mains. Un jour, alors que nous étions chez lui, il m’a dit : « Prends-moi en photo ! Essaye d’avoir la lampe dans le cadre, les deux murs. Il me dirigeait, me conseillait. Quelque temps plus tard, en lisant « VOGUE », je vois la photo que j’avais prise de lui ce jour-là, illustrant son portrait dans le magazine… ».
Comme parrain Mademoiselle Darc, c’est vrai que l’on ne peut rêver mieux !
Puis j’aperçois sur le mur une photo sublime de Mireille, nue, de dos, que je ne connaissais pas !
-« Vous aimez ? C’est une photo de Francis Giacobetti, nous étions dans les studios de Cinecittà et soudain il m’a dit : Allez ! vite, vite, déshabille-toi ! et il a pris ce cliché. Vous avez vu ces vieux cartons sur le sol ? La lumière, l’alignement, on dirait un Magritte ! »
C’est vrai que la prise de vue est incroyable et je me rends compte en l‘écoutant que d’avoir shooté avec de tels photographes a forcément imprimé quelque chose de très fort en elle.
Un peu plus loin, dans l’appartement, c’est l’effervescence. Pascal Desprez, le mari de Mireille, s’active avec Olivier de Larue Dargère pour faire rentrer une photo dans un carton qui doit partir à l’encadrement.
-« On met un peu de papier de soie autour ou pas Olivier ? »
J’aperçois plusieurs clichés encadrés et soigneusement emballés dans l’entrée prêts à partir mais je n’ai toujours pas vu la moindre photo…
Nous sommes à moins d’une semaine du vernissage et je sens Mireille très émue.
« J’ai le trac ! C’est un nouveau départ ».
A côté, Olivier et Pascal continuent de se battre pour savoir si il faut mettre ou non du papier de soie afin de protéger la photo, sous le regard amusé de la photographe !
-« Vous avez vu les photos ? », me demande Mireille.
-« Euhhhhh non ! »
-« Tenez ! Regardez ! Elles sont là dans le carton sur le bureau ».
Je m’approche… Le trésor tant attendu n’est plus qu’à deux pas !
Je vois Olivier de Larue Dargère me sourire malicieusement du fond de l’appartement.
Pascal Desprez, visiblement très en retard, disparaît dans l’encadrure de la porte pour revenir deux secondes plus tard…
-« Excusez-moi, je ne vous ai même pas dit au revoir… A bientôt !»
Il ne reste plus que Mireille et Olivier qui sirote son thé vert en envoyant des mails.
-« Il vient d’où ton thé, Mireille ? Il est génial… »
« Je l’ai rapporté  de  mon voyage à New York, il est bon hein ? »
Je suis devant le trésor et c’est maintenant moi qui suis ému en découvrant les photos sous l’oeil attentif de Mireille.
Je les prends une par une, délicatement… Je les observe longuement, attentivement.
-« Ne vous inquiétez pas !  C’est une version de travail, ça ne risque rien ! »
Je suis embarqué subitement dans cet appartement de Saint-Germain-des-Prés, dans lequel évolue Chloé, le modèle, la prise de vue est maîtrisée, c’est un véritable voyage tantôt énigmatique, tantôt ludique, tantôt intriguant…
Les 32 photos sont sublimes, simples et sophistiquées à la fois.
-« Lorsque je travaille sur un documentaire, il ne me viendrait pas à l’esprit de changer une mèche de cheveux sur une personne que j’interroge mais pour la photo, c’est différent. J’aime quand  tout est organisé, stylisé, sophistiqué… »
Mireille Darc a su tisser une relation très particulière avec son modèle.
-« Il y a probablement un effet miroir entre Chloé et moi…Je lui parlais pendant le shooting, je lui racontais des histoires, je lui disais des poèmes ! »
Le très bel appartement qui a été utilisé pour la prise de vue ne sert pas uniquement d’écrin, il est un élément à part entière du décor.
-« Cet appartement, c’est mon mari qui l’a entièrement restauré. Il y a aussi dans ces photos un jeu avec le travail de Pascal…comme un jeu amoureux ! »
Je ne sais pas si c’est le thé vert new-yorkais que me sert Mireille en me parlant… Mais il fait tout à coup très chaud dans cet appartement…
En regardant les photos, je pense à Helmut Newton, à Jeanlou Sieff, et je me dit qu’il a réellement bien fait de l’initier à la photographie tant les clichés sont émouvants.
Toujours affairé dans son coin, Olivier jongle avec son iPhone.
Olivier est probablement la seule personne que je connaisse qui peut envoyer un mail, téléphoner et répondre à un sms dans le même temps…
Il est presque 13 heures et, délicate attention, il a réservé une table à l’hôtel Lancaster.
Mireille enfile une doudoune noire et nous voilà dans un taxi direction le restaurant où le jeune chef, Julien Roucheteau, qui a longtemps travaillé avec Michel Troisgros, nous accueille chaleureusement.
Mireille, qui adore cuisiner, parle fond de veau avec le chef pendant qu’Olivier me raconte les dessous de l’exposition :
-« Je me souviens que Mireille me disait pendant le casting, qu’elle aimerait que le modèle ait un léger duvet sur les bras, qu’elle trouvait cela très touchant … j’avais trouvé ça génial !»
Mireille se retourne vers lui en souriant.
-« Je vais compter le nombre de fois dans la journée où tu prononces le mot génial !  »
Olivier lève les yeux au ciel affectueusement !
-« Vous savez que lorsque l’on cherchait un lieu pour les photos, il a commencé par m’emmener dans un château ? J’étais mal, je déteste les châteaux ! On ne sait pas ce qu’il y a en dessous. Je suis très sensible aux vibrations et là, j’étais très mal à l’aise dans cet endroit… »
Olivier rajoute : « C’était un endroit magnifique… ! »
«  Ah, ce n’était pas… génial? », lui rétorque Mireille.
Ils éclatent de rire…
On sent entre les deux une complicité et une grande tendresse.
Mireille me confie que sans Olivier, il n’y aurait pas eu d’exposition…
« On se comprend très vite. Sur le shooting, il y avait comme une osmose… On se dit tout,  même si nous ne sommes pas tout le temps d’accord ! Et j’aime bien ça aussi quand on n’est pas d’accord ! Mais surtout… le plus important, on se marre bien ! »
Olivier de Larue Dargère acquiesce et rajoute :
« Mireille sait exactement là où elle veut aller. Elle m’a emmené dans ce qu’elle voyait… »
Mireille ajoute malicieusement :
« Et pour les châteaux, c’est pas grave… Tu iras faire des photos avec une autre ! »
Olivier se laisse gentiment taquiner pendant qu’il observe son « cœur d’ananas poché et sa coriandre », qu’il hésite à couper tant c’est une œuvre d’art…
J’ai aussi beaucoup de difficulté à « détruire » mon « carré croustillant de fleur de chocolat », mais je me lance !
Mireille, qui regretterait presque de ne pas avoir pris de dessert, me confie qu’il y a une photo qu’elle aurait aimé faire avec pour seul cadre, une cheminée.
« C’est une cheminée transparente entre deux murs mais nous ne sommes jamais parvenus à l’allumer…»
J’aime bien cette idée de photo « manquante » qui présage d’une suite à son travail de photographe…
Nous quittons le restaurant et sur le perron, une femme interpelle Mireille et la félicite sur son récent documentaire sur les sans-abris…
Mireille Darc est sur tous les fronts, son œil se promène avec grâce, élégance et discrétion sur ses contemporains et je dois effectivement reconnaître que Olivier de Larue Dargère avait raison.
Elle est Géniale !

by Olivier Descoins

Rencontre avec EDOUARD TAUFENBACH…

by Olivier DESCOINS

   « EDOUARD AUX MAINS D’ARGENT »

En 2014, je me souviens avoir été interpellé par le travail d’un jeune photographe de 25 ans à la foire FOTOVEVER, réalisant d’astucieux montages de photos anciennes reproduites et colorées. Un an après, au même endroit,  au Carrousel du Louvre, le corner qui accueillait ce jeune photographe s’est mué en un véritable espace où son travail continue véritablement de fasciner les visiteurs. La galerie « Intuiti », qui expose Edouard, porte divinement bien son nom puisque l’exposition fut un succès. Il suffisait de compter le nombre de pastilles collées avec l’inscription « vendu » sur les photos exposées par l’artiste après la première journée, pour se rendre compte que dans le monde de la photographie d’art, il faudra dorénavant compter avec Edouard Taufenbach…

C’est au café Ruc, idéalement situé entre le Louvre et la Comédie Française, que j’ai rendez-vous avec le talentueux photographe aux mains d’argent. Je me dis qu’entre ces deux monuments, notre rencontre sera placé sous le signe des arts et de la beauté… Avec son aspect juvénile, son casque sur les oreilles, ses cheveux frisés et sa petite moustache, Edouard ressemblerait presque aux personnages du début du siècle que l’on retrouve sur ses photos, mais version 2.0. Son allure est un subtil mélange entre héritage et modernité. -« Le casque, c’est pour la musique ! Je ne peux ni vivre ni créer sans qu‘elle ne m’accompagne partout ». Je me demande bien ce qu’il écoute mais son vu son air inspiré je me doute qu’il écoute plutôt du Boulez que du Britney Spears… Notre jeune artiste voit le jour sous le soleil des Vosges. Avec un père militaire, Edouard a eu la chance de beaucoup voyager. -« J’ai adoré passer notamment deux années en Nouvelle Calédonie mais je ne rêvais  que de Paris ». Son rêve se matérialise finalement et il s’installe stratégiquement dans le 14ème arrondissement de la capitale, véritable pépinière arty. -« J’étais tellement heureux d’être à Paris que je faisais même la bise à ma boulangère ! » Au départ, Edouard se voyait devenir réalisateur de films alors, logiquement, il s’inscrit  à la Sorbonne Nouvelle dans un cursus de cinéma. -« J’ai découvert le cinéma expérimental, un cinéma basé sur l’image et non sur le son. J’ai donc commencé à peindre sur des images de super 8 et de super 16 avec de la peinture vitrail. » Il s’inscrit ensuite en master « Arts et médias numériques » à Paris I, ou l’un de ses professeurs l’initie à l’art contemporain. -« Un de mes professeurs, Françoise Parfait, m’avait prise sous son aile et m’emmenait à tous les vernissages ! Ce fut une révélation pour moi. » Deux ans plus tard, son mémoire s’intitulera « Faire du souvenir une forme ». Il gagne dans la foulée son premier concours « Ici et demain » à l’espace Pierre Cardin dans la section arts plastiques. -« Françoise me répétait toujours : N’écoutez pas tout ce que je vous dis… Continuez ! Je l’ai pris comme le plus grand des encouragements ! » Il cherche alors à joindre le galeriste Christophe Gratadou dont il obtient le mail par l’ami d’un proche. -« Quand on s’est croisé par hasard, il m’a dit qu’il n’avait jamais lu mon mail et qu’il était débordé ! De toute façon, il ne lit jamais ses mails… » Edouard éclate de rire ! -« Christophe ! C‘est un personnage ! On prend finalement rendez-vous, puis il m’annule pour me redonner un rendez-vous une heure après. » Lorsque qu’enfin ils se rencontrent, la magie n’opère pas plus que ça mais Edouard décide de lui laisser tout de même un de ses collages en dépôt. -« Il m’a dit : c’est super ! Mais je pressentais qu’il ne se passerait rien… »

Puis la chance sourit à Edouard en la personne de Cécile Schall, directrice de la foire FOTOFEVER, qui, visitant la galerie de Christophe, tombe sur le collage d’Edouard. -« Christophe, il faut absolument que tu exposes ce nouvel artiste à la foire ! J’adore son travail ! » Sur les conseils de Cécile, le galeriste s’exécute et loue un corner pour exposer Edouard. -« J’ai accroché 9 pièces et on a rien vendu ! Un vrai flop ! » Malgré tout, un grand collectionneur d’art, Marcel Burg, l’encourage et le félicite longuement sur son travail. Du coup, notre Edouard, pas farouche, l’invite chez lui et lui présente un collage composé de 143 photos. Monsieur Burg est amateur de grands formats, mais cela restera sans suite. -« Dans la foulée, j’ai envoyé deux photos à Bilzen en Belgique où elles furent exposées en face de celles de l’artiste plasticienne Sophie Calle, des photos représentant les tombes de son frère et de sa mère. Des photos imaginaires… ces derniers n’étant pas décédés !  Le tout exposé dans la grange d’un château du XIIème siècle où il faisait un froid de gueux ! Un vrai clip de Mylène Farmer… » Ce qui est fascinant avec Edouard, c’est qu’il est aussi à l’aise avec le succès qu’avec les déconvenues et qu’il ne se formalise pas… Il poursuit son chemin avec toujours cette envie de produire et de créer. Pour la dernière « Nuit Blanche » parisienne,  il tente sa chance et dépose un dossier – une installation immersive de 8 vidéos projetées en boucle et accompagnées d’une composition sonore réalisée par Növlang- Véritable voyage sensoriel, son projet intitulé « sfumato » est retenu et projeté dans l’église Notre-Dame-des-Foyers durant toute la nuit. Ce fut un réel succès ! -« Le lien entre le collage et la vidéo ? C’est toujours le travail sur la mémoire. » Pour la seconde exposition du jeune photographe à FOTOVEFER, le galeriste Christophe Gratadou qui, depuis, lit tous les mails d’Edouard, voit plus grand et agrandit considérablement l’espace et le nombre de photos exposées de son jeune protégé. Edouard est parti d’un vieil album photo du XIXème siècle composé de 26 photos. Des photos intimes d’une famille ordinaire. -« Pour chaque photo, j’ai réalisé un collage. Je voulais rendre hommage à un peintre de l’époque Bahaus : Josef Albers connu pour sa série –Hommage au carré- ». Ainsi, pendant de longues heures chez lui dans son appartement transformé en atelier, Edouard colle, découpe et recouvre d’aplats colorés, au millimètre près. -« Quand j’arrivais au labo pour scanner et faire des tirages et que je demandais 500 exemplaires d’une même photo, le type me regardait comme un illuminé ». Car son travail est tellement précis qu’un demi-millimètre de dépassement ou un trait de peinture qui déborde et hop ! C’est la poubelle. Lorsqu’il a eu terminé sa série, Edouard invite de nouveau le collectionneur Marcel Burg et sa femme chez lui, curieux d’avoir leur avis. Edouard concocte à ses hôtes une de ses recettes fétiches : des madeleines au miel de châtaignier avec une chantilly au citron vert. -« A la première bouchée, Marcel lance à sa femme – elles sont bien meilleures que les tiennes !- j’ai su que j’avais gagné, il m’a acheté 2 photos ! » Lorsque l’on regarde les œuvres d’Edouard Taufenbach, on est tantôt surpris, tantôt ému. Il y a quelque chose de captivant, d’intriguant…  on se prend à imaginer la vie de cette famille. -« J’essaye de ne rien imposer, c’est très libre, je travaille sur la mémoire, le souvenir, la transmission, multiplier les choses pour ne pas qu’elles disparaissent. » Je pense à l’écrivaine Elisabeth Barillé qui adore chiner les vieux albums photos dans les brocantes et je me dis que comme elle, Edouard est aussi à sa façon un « explorateur des autres ». -« Il m’arrive parfois de tomber amoureux d’une personne sur une photo ancienne, c’est très troublant. » Attention Edouard, ce n’est pas la meilleure façon de fonder une famille vous savez ! Ce n’est pas pour rien si la galerie SPAZIO NUOVO vient de l’inviter pour un « solo show » au printemps en Italie. L’exposition se déroulera à la galerie du 7 avril au 7 mai 2016 à Rome. Son travail est intemporel et universel, ludique et subtil, intelligent et bouleversant.

On souhaite à Edouard un avenir à la hauteur de son talent et s’il vous plaît Monsieur Taufenbach, continuez à multiplier les choses pour ne pas qu’elles disparaissent… Peut-être qu’un jour lointain, un artiste s’inspirera à son tour de votre travail et vous rendra ainsi… un Hommage au carré. Pour ma part, je goûterai bien une de vos petites madeleines magiques au miel de châtaignier…Je dis ça je ne dis rien !

http://www.edouardtaufenbach.com

DEVON DIKEOU, « PLEASE »

GALERIE OUTCASTS INCORPORATED Paris

« Please » est une série photographique qui recrée les seize dernières peintures qu’ Edouard Manet a peint alors qu’il mourait de la syphilis. Les seize peintures de Manet sont de très petite taille et chaque nature morte représente un bouquet de fleurs fraîches dans un vase en verre. Pour la série photographique, chaque vase a été refait à la main par un souffleur de verre, et chaque arrangement de fleurs a été méticuleusement étudié, reproduit, fleur par fleur, tige par tige, bourgeon par bourgeon, répliqués et photographiés dans la même position que chaque élément tient dans les peintures originales de Manet. Les photographies ont ensuite été adaptées aux dimensions exactes des Manet existants. Pour l’exposition, les vases soufflés à la main sont affichés sur une table antique de la même période que les tableaux. Les seize reproductions photographiques et les dix vases sont visibles après être entré dans une pièce tapissée par un motif de faux marbre et deux miroirs de fonte de style de l’époque, créant un effet miroir à l’infini des photos et des vases. Dans l’espace annexe, les fleurs des bouquets utilisées dans la séance photo ont été séchées et les restes de chaque bouquet sont déposés dans des pots vides Pace Picante et mises en display sur une autre table antique du 19ème siècle dans la seconde partie de la galerie, comme des reliques de ce processus. Cette installation reflète celle mise en place précédemment par Devon Dikeou à Artpace, San Antonio, Texas. Enfin, la photo du Dallas Museum of Art, qui, dans la section des arts décoratifs, abrite l’une des peintures de Manet répliquée, dans une maison reproduite qui était initialement détenue par Coco Chanel, puis vendue, mais qui finalement a fait l’objet d’un don par Wendy et Emory Reeves. La peinture de Manet est absente de cette photo, et comme les pots Pace Picante, elle fait allusion au rôle du collectionneur, du patron, de l’artiste, de l’idée du « lieu-chose » par lesquels Manet était très intéressé. Enfin, le titre est extrapolé à partir de l’essai de Peter Schjeldahl, « Edouard Manet », dans lequel il décrit le peintre comme un homme qui voulait tout simplement plaire au public en offrant à voir dans ses peintures des sujets aussi divers ou interconnectés que la richesse, le souvenir, l’amour, le sexe, la mort, la perte. L’installation vise à jouer sur les idées véhiculées par le mot « Please », à la fois plaisir et salut instructif et dans le même temps, il remet en question les rôles de commanditaire, collectionneur, artiste, spectateur, et du contexte.

Devon Dikeou

Devon Dikeou est artiste, éditrice de zingmagazine, et collectionneur d’art basée à Austin, Denver et New York city. Son travail qui se présente souvent sous forme d’installation, se concentre sur des espaces qui agissent comme des interfaces entre l’artiste, le contexte de l’affichage de l’œuvre, de la galerie d’art, du musée, de la rue, du magazine, des foires d’art et de la collection. Dans le cadre de sa pratique artistique, Devon Dikeou implique le spectateur dans un rôle participatif qui interroge et interagit avec celle-ci. Elle s’inspire des mêmes principes d’ échanges tant pour développer sa collection d’art, la Dikeou Collection, que sur zingmagazine où elle invite les artistes et curators à organiser leurs sections libres de contrôle rédactionnel. Les titres des œuvres puisés dans la culture populaire reflètent l’intérêt que porte Devon Dikeou à la littérature et à l’Histoire, comme ici avec PLEASE, autour des seize dernières oeuvres de Manet. Son travail a été exposé au New Museum, Musée d’art d’Austin, Artpace San Antonio, Art Foundation FLAG, NADA, l’Armory Show, Indépendant, James Fuentes, 179 Canal, Moore College of Art, The Bronx Musée, MAMCO, et Art Basel Statement, parmi beaucoup d’autres lieux. HYPERLINK « http://www.devondikeou.com/ »www.devondikeou.com

OUTCASTS INCORPORATED

art & media direction

Union square Station

by Sidney Carron

Il était midi, Union square Station Californie, merveilleuse lumière naturelle, des gens très charismatiques, avec des looks d enfers, endormis, en transite. J’étais la au bon moment, pour photographier des trains, lorsque j’ai vu la scène, je n ai pu m empêcher de shooter ces portraits, cette scène de vie surréaliste, qui a durée une vingtaine de minutes. Celle ci est ma toute première série de photos, très brute,  elle est et reste ma série de photos préférée.

Texte & Photographies Sidney Carron

www.sidphotographe.com

COIFFES

coiffes signées SingingBirds & LaughingBees

by Jean-François Aloisi

Il était une coiffe



Licornes mohawk à plumes, bibi vaudou enchaîné, bois de cerf chevelus… les coiffes signées SingingBirds & LaughingBees sont folles et semblent tout droit sorties d’un conte d’Andersen. Elles sont magnifiques à regarder mais à part Lady Gaga qui peut les porter ?

Derrière les créations enchantées de SingingBirds & LaughingBees il y a Clémence Cousteau. Son héritage familial la destinait plutôt à voguer sur des bateaux, mais depuis qu’elle a découvert il y a sept ans le fabuleux monde de Burning Man elle a troqué son bonnet rouge contre des coiffes incroyables. Parfois elle les créé de toute pièce, parfois elle customise et redonne vie à des bibis années 30 chinées au quatre coins du monde. Sa clientèle se compose de burneursou de jet-setters, mais pas que. « Dress as if you’realreadyfamous ! »c’est ce que nous invite à faire la créatrice.

Mais le projet qui tient le plus à cœur de Clémence Cousteau c’est le conte musical qu’elle est entrain d’écrire, un conte univers-ellesoù elle redonne aux héroïnes féminines leur plein pouvoir. «  Si les frères Grimm avaient été les sœurs Grimm » nous explique-t-elle, ses héroïnes sont évidemment vêtues et coiffées des créations SingingBirds & LaughingBees. Et à la fin les coiffes vécurent heureuses et eurent beaucoup d’applaudissements.

Site vitrine de SingingBirds & LaughingBees : http://sblb-paris.tumblr.com/
Crédit photos : Jean-François ALOISI

Exposition GÉRARD RONDEAU

Maison Européenne de la Photographie

Exposition Charles-Edouard Jeanneret,

dit Le Corbusier

Centre Pompidou Paris

EXPOSITION

Les Clefs d’une passion,

FONDATION LOUIS VUITTON

EXPOSITION Permanente

FONDATION LOUIS VUITTON

EXPOSITION DAVID HAMILTON

Hotel Scribe Paris 7 Avril 2015 au 15 juin 2015

Exposition Larry Clark Paris

Outcasts studio

FONDATION LOUIS VUITTON PARIS

ANTHONY  GORMELEY

Corps à corps

Sculpteur anglais, Antony Gormley investit le paysage comme nul autre artiste : à l’aide du corps humain, il nous renvoie, au milieu des éléments naturels, une image de notre propre force et vulnérabilité. Un artiste hautement spirituel.

ZAO WOUKI

AURELE LOST DOG

DEAN TAVOULARIS

PAULINE OHREL

Scultrice

EXPOSITION JEFF KOONS PARIS